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thumb m acceFace à une baisse d'activité significative qui frappe de plein fouet l'industrie alsacienne, les partenaires sociaux de la métallurgie ont signé en janvier 2026 deux accords territoriaux d'urgence. Leur objectif : maintenir les emplois et renforcer la formation professionnelle dans les deux départements rhénans pour les deux années à venir.

L'Alsace industrielle traverse une période de fortes turbulences. Dans les ateliers de Mulhouse, Strasbourg, Colmar ou Haguenau, le constat est le même : les carnets de commandes se sont allégés, les cadences ont ralenti, et l'inquiétude s'est installée dans les rangs des salariés de la métallurgie.

C'est dans ce contexte tendu que les partenaires sociaux ont décidé d'agir, en signant deux accords territoriaux dits « de mesures urgentes » pour sauvegarder l'emploi à l'échelle des deux départements.

Le premier accord a été conclu le 12 janvier 2026 dans le Bas-Rhin, le second le 13 janvier 2026 dans le Haut-Rhin.

Tous deux s'inscrivent dans le cadre de la convention collective nationale de la métallurgie (IDCC 3248), la grande refonte conventionnelle entrée en vigueur en 2022 et qui a unifié des dizaines de textes territoriaux sous un même socle national.

Les deux textes ont d'ores et déjà fait l'objet d'un avis d'extension publié le 27 mars 2026 par le ministère du Travail et des Solidarités, ouvrant la voie à leur généralisation à l'ensemble des entreprises de la branche dans ces deux départements.

 


Les signataires des accords

  • Côté patronal : UIMM Alsace (Union des Industries et Métiers de la Métallurgie)
  • Côté salariés : Union des Syndicats de la Métallurgie Force Ouvrière du Haut-Rhin
  • Syndicat CFDT de la Métallurgie Alsace
  • Syndicat de la Métallurgie Alsace et Vosges CFE-CGC
  • Durée : 2 ans à compter du 1er janvier 2026
    Base légale : Articles L. 2222-4 et L. 2261-1 du Code du travail

 

Une crise économique sévère à l'origine de l'accord

Pour comprendre l'urgence de ces textes, il faut mesurer l'ampleur des difficultés qui secouent le secteur. La métallurgie alsacienne — qui couvre des activités aussi diverses que la construction mécanique, l'industrie automobile, la chaudronnerie, l'électronique industrielle ou encore la sidérurgie — est l'un des piliers de l'économie régionale. Elle emploie des milliers de salariés dans des entreprises de toutes tailles, des PME familiales aux grands groupes internationaux.

Or, depuis plusieurs trimestres, la branche est confrontée à une baisse d'activité significative. Les causes sont multiples et s'alimentent les unes les autres : la crise profonde de l'industrie automobile (qui pèse lourd dans les sous-traitances locales), le ralentissement économique allemand — partenaire commercial historique de l'Alsace transfrontalière —, la mutation accélérée vers le véhicule électrique qui rebat les cartes des chaînes d'approvisionnement, et une demande industrielle européenne qui peine à redémarrer.

Des entreprises emblématiques du tissu industriel alsacien ont été touchées de plein fouet. À Strasbourg, à Mulhouse, à Ostwald, des plans sociaux et des recours massifs au chômage partiel se sont succédé. L'arrivée à échéance des accords d'Activité Partielle de Longue Durée (APLD) conclus pendant la crise du Covid, pour la plupart entre fin 2024 et fin 2025, a retiré un filet de sécurité crucial à de nombreuses entreprises, les exposant à des choix douloureux.

 

Des mesures urgentes articulées autour de l'emploi et de la formation

Face à cette situation, les partenaires sociaux n'ont pas attendu. L'objectif affiché des deux accords est double : d'une part, définir des mesures concrètes pour maintenir l'emploi dans les entreprises confrontées à des difficultés économiques ; d'autre part, renforcer la formation professionnelle afin de préparer les salariés aux mutations du secteur et de préserver leur employabilité à long terme.

La logique qui sous-tend ces textes est bien rodée dans la métallurgie française : plutôt que de laisser chaque entreprise gérer seule ses difficultés — avec le risque de licenciements secs —, la branche crée un cadre collectif territorial permettant de mutualiser les réponses, d'activer des dispositifs d'accompagnement et d'organiser le recours à des outils comme la réduction du temps de travail ou la formation en période basse d'activité.

Ces accords rhénans ne sont d'ailleurs pas isolés. D'autres territoires français de la métallurgie ont emprunté la même voie ces derniers mois, que ce soit en Gironde et Landes (accord du 19 janvier 2026), en Drôme-Ardèche (2 février 2026), dans l'Ain, dans les Flandres-Douaisis ou encore à Belfort-Montbéliard. Le signal est clair : la branche nationale est en mode gestion de crise sur une large partie du territoire.

 

Une validité de deux ans et une possible extension

 

les syndicats et l'UIMM Alsace gardiens du dialogue social régional

La signature de ces accords témoigne d'une culture du dialogue social bien ancrée en Alsace. L'UIMM Alsace, qui représente les industriels de la métallurgie dans la région, et les organisations syndicales — CFDT, CFE-CGC et FO, — ont su dépasser leurs divergences conjoncturelles pour s'accorder sur l'essentiel : protéger les salariés face à la tempête économique.

Ce n'est pas la première fois que ce genre de coopération se manifeste dans la région. La CFDT Métallurgie Alsace, qui a tenu son premier congrès à Huttenheim en mars 2026, a placé l'emploi, les salaires et les conditions de travail au cœur de ses priorités pour les années à venir. Du côté de l'UIMM Alsace, dont la revue Alliages souligne régulièrement l'engagement sur les salons emploi-formation du Haut-Rhin, la mobilisation pour maintenir l'attractivité des métiers de l'industrie reste une constante.

 

Quelles perspectives pour la métallurgie alsacienne ?

Les défis qui attendent le secteur vont bien au-delà de la gestion de la crise immédiate. La transition vers le véhicule électrique, la décarbonation des procédés industriels, la montée en puissance de la digitalisation et de la robotisation, ainsi que la concurrence internationale redessinent en profondeur les contours de la métallurgie de demain. Former les salariés aux compétences de l'industrie 4.0, attirer de nouveaux talents, maintenir les savoir-faire locaux : autant de chantiers qui exigeront un dialogue social soutenu et des investissements conséquents.

Il existe néanmoins des raisons d'espérer. Certaines entreprises alsaciennes affichent une résilience remarquable. L'usine Eiffage Métal de Lauterbourg, dans le Bas-Rhin, s'est positionnée sur le programme nucléaire EPR2. L'entreprise Guillet, à Duppigheim, a récemment investi 3,5 millions d'euros dans ses installations. Des groupes comme Constellium, à Neuf-Brisach, ou Merck, à Molsheim, continuent de porter haut les couleurs de l'industrie de précision alsacienne.

Ces signaux positifs rappellent que la région possède des atouts industriels réels, et que les accords de janvier 2026 ont précisément pour mission d'en préserver le capital humain.

Les deux accords territoriaux signés dans le Bas-Rhin et le Haut-Rhin en ce début d'année 2026 sont bien plus qu'une réponse technique à une crise conjoncturelle.

Ils sont le reflet d'une volonté partagée : celle de ne pas laisser le tissu industriel alsacien se défaire sous la pression des turbulences économiques, et de préparer ensemble, employeurs et salariés, les conditions d'une sortie de crise qui préserve l'emploi et les compétences de toute une région.

 

Sources

  1. Tripalio – La métallurgie fixe les mesures urgentes sur l'emploi dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin (17 avril 2026)
  2. Tripalio – Avis d'extension d'accords territoriaux (Bas-Rhin - Haut-Rhin) dans la métallurgie (27 mars 2026)
  3. Tripalio – Avis d'extension Gironde-Landes et Drôme-Ardèche (25 mars 2026)
  4. Légifrance – Convention collective nationale de la métallurgie (IDCC 3248) – Textes attachés Haut-Rhin et Bas-Rhin
  5. UIMM Alsace – Site officiel (Magazine Alliages n°38, mai 2026)
  6. Rue89 Strasbourg – Plans sociaux, baisse de l'activité : l'industrie automobile alsacienne entre en crise (décembre 2024)
  7. Juristique.org – Accord sur les salaires de la métallurgie du Haut-Rhin en 2025
  8. Un peu de droit – La métallurgie du Haut-Rhin fixe son cap pour 2025
  9. Juritravail – Activité partielle de longue durée (APLD / APLD-R) : tout savoir
  10. Éditions Tissot – Le recours à l'activité réduite pour le maintien dans l'emploi dans la métallurgie