Hager Group : 147 suppressions de postes en France — La CFDT interpelle sur la méthode : "Il y avait une autre façon de faire"
Le plan social du groupe Hager, signé le 5 février 2026 après quatre mois de négociations, frappe durement l'Alsace et condamne le site de Pessac en Gironde. Au cœur du débat, Patrick Desorgue, délégué CFDT Hager Obernai, a pris la parole sur BFM Alsace pour pointer non seulement le principe du plan, mais la démarche retenue par la direction pour y aboutir.
Les Dernières Nouvelles d'Alsace relayaient dès le 13 février 2026 l'ampleur du choc social sur le territoire.
Un plan social de grande ampleur, révélé par les DNA
Le plan de sauvegarde de l'emploi prévoit la suppression nette de 84 emplois d'ici mars 2027, avec 147 suppressions compensées par 63 créations de postes. En parallèle, 73 salariés verront leur contrat de travail modifié et se verront proposer d'autres fonctions au sein du groupe. L'entreprise familiale, qui emploie environ 3 500 personnes en France sur une dizaine de sites, concentre l'essentiel de ses activités hexagonales en Alsace.
Révélé dès le 21 octobre 2025 par les Dernières Nouvelles d'Alsace, le projet prévoyait initialement 154 suppressions de postes, dont 86 à Obernai et 4 à Bischwiller. Quatre mois de négociations ont permis de faire légèrement baisser ce chiffre — une avancée que la CFDT revendique en partie. La restructuration touche exclusivement les fonctions support, administratives et d'encadrement, ainsi que certains métiers liés au développement informatique. Les équipes de production et de logistique sont épargnées.
Obernai, le site le plus impacté, Pessac fermé
Le site d'Obernai, qui compte plus de 2 110 salariés et constitue le cœur industriel du groupe en France, paiera le plus lourd tribut avec 67 suppressions de postes, 41 créations et 39 modifications de contrats. À Saverne, six postes disparaissent pour trois créations. Bischwiller perd quatre postes sur ses 426 salariés. Le site de Vendenheim, quant à lui, est épargné par le plan social.
En Gironde, la situation est encore plus préoccupante. Le site de Pessac, qui emploie 35 salariés spécialisés dans l'informatique, le développement numérique et les fonctions support, devrait fermer ses portes. Les employés du site girondin sont essentiellement des développeurs informatiques, une activité qui va être externalisée. Ces salariés se retrouvent doublement pénalisés : leur activité disparaît, et les autres sites du groupe, quasi exclusivement alsaciens, se trouvent à des centaines de kilomètres. La CFDT a exigé pour chacun d'eux un accompagnement totalement individualisé et des garanties écrites sur les dispositifs de reclassement.
Une décision qui fait débat: "PSE de confort" et méthode contestée
Sur BFM Alsace, Patrick Desorgue, délégué CFDT Hager Obernai, s'est exprimé pour pointer non pas uniquement le principe du PSE, mais la démarche retenue par la direction pour y aboutir.
Selon lui, les outils et la méthode utilisés — grilles d'évaluation des postes, critères de suppression retenus, modalités de concertation avec les représentants du personnel — auraient pu être différents. D'autres entreprises du secteur ayant conduit des transformations similaires sans recourir au plan de sauvegarde de l'emploi. "Il y avait une autre façon de faire", a-t-il indiqué, un même si quelques points ont eté gagnés dans la negociation des primes de depart, qui partaient de très bas.
Point de vue partagé par l'ensemble des syndicats présents, qui ont affiché sur ce point une position commune au-delà de leurs différences habituelles. ( Voir la video sur BFM Alsace à partir de 05,05')
Les organisations syndicales dénoncent unanimement un "PSE de confort" dans un groupe qu'elles jugent financièrement très solide. Philippe Faby, délégué CFTC, estime qu'une réorganisation aurait pu se faire sans plan de sauvegarde de l'emploi. David Etheve, délégué CGT, pointe les risques psychosociaux sous-estimés, l'augmentation de la charge de travail pour les salariés restants, et rappelle que le groupe a réalisé 339 millions d'euros de bénéfice en 2024 pour un chiffre d'affaires de 3 milliards d'euros.
La CFDT soulève par ailleurs un paradoxe sur les 63 créations de postes promises : celles-ci ciblent des profils hautement qualifiés dans les nouvelles technologies, très éloignés des fonctions supprimées — administratives, support, encadrement intermédiaire. Les représentants du personnel s'interrogent donc sur la capacité réelle des salariés concernés à accéder à ces nouveaux emplois, rendant la compensation annoncée incertaine pour les personnes les plus touchées.
Avant même de parler du plan social, il faut rappeler le rôle central que joue la CFDT Métallurgie Alsace au sein du groupe Hager. Signataire de tous les accords collectifs chez Hager Electro SAS aux côtés de la CGT, de la CFTC et de la CFE-CGC, le syndicat connaît intimement l'entreprise, ses rouages et sa santé financière réelle.
La justification du groupe Hager
De son côté, la direction justifie cette réorganisation par "une trajectoire de transformation de long terme visant à préserver durablement sa compétitivité, à accompagner l'évolution de ses marchés et de ses technologies, et à soutenir les investissements nécessaires à sa croissance future". Le groupe mise sur la digitalisation de ses produits et processus, ainsi que sur l'adaptation aux nouvelles technologies comme la mobilité électrique et la gestion intelligente des bâtiments. Hager rappelle également les nombreuses réunions tenues avec les syndicats pour aboutir à ce PSE, et s'engage par ailleurs à privilégier les départs volontaires, les accompagnements à la retraite et à la reconversion, ainsi que les mobilités internes.
Un paradoxe criant : investissements massifs et suppressions d'emplois
Ce plan social intervient dans un contexte pour le moins contradictoire. En mai 2024, dans le cadre de l'initiative gouvernementale "Choose France", le groupe avait annoncé un plan d'investisse
ment de 120 millions d'euros en France, dont plus de 100 millions pour le seul site d'Obernai, et 500 recrutements prévus d'ici 2026. Pour la CFDT, cette contradiction entre les engagements publics pris devant l'État et la réalité sociale illustre un usage des aides publiques sans contreparties suffisantes pour l'emploi.
L'entreprise a par ailleurs obtenu fin 2024 la certification Platinum d'EcoVadis, la plaçant dans le top 1 % des entreprises mondiales en matière de responsabilité sociétale. Elle poursuit ses objectifs de réduction de 50 % de ses émissions directes d'ici 2030. Des ambitions RSE que la CFDT ne conteste pas, mais qui ne sauraient, selon elle, justifier un plan social dans une entreprise aussi profitable.
Une entreprise familiale en pleine transformation
Fondée en 1955 par Hermann et Oswald Hager avec leur père Peter, Hager Group reste une entreprise familiale indépendante dont le siège est situé à Blieskastel, en Allemagne. Avec 13 000 collaborateurs dans le monde, un chiffre d'affaires de 3 milliards d'euros et une présence dans plus de 100 pays, le groupe figure parmi les leaders mondiaux de l'installation électrique. Le plan social doit encore être validé par la DREETS avant sa mise en œuvre effective, avec un calendrier s'étendant jusqu'en mars 2027.
Une crise qui dépasse Hager
Le combat mené par la CFDT Métallurgie Alsace autour du dossier Hager s'inscrit dans une mobilisation bien plus large. Depuis juin 2024, des entreprises comme Dumarey, Caddie, Novares ou BDR de Dietrich ont annoncé plus de 800 suppressions d'emplois en Alsace. Le syndicat pointe la désindustrialisation croissante du territoire, le paradoxe de groupes rentables qui restructurent massivement, et l'absence de réponse politique structurée pour conditionner les aides publiques au maintien de l'emploi.
Le 10 mars 2026, la CFDT Métallurgie Alsace tiendra son premier congrès historique à Huttenheim, avec 17 engagements pour l'emploi, les salaires et les conditions de travail au cœur des débats. Le dossier Hager y occupera une place centrale.
SOURCES
DNA – Hager, une centaine d'emplois supprimés en Alsace et Gironde https://www.dna.fr/social/2026/02/13/le-groupe-hager-va-supprimer-une-centaine-d-emplois-en-alsace-et-en-gironde
BFM Alsace – Interview Patrick Desorgue CFDT https://www.bfmtv.com/alsacehttps://www.bfmtv.com/alsacehttps://www.bfmtv.com/alsace
France Bleu / ICI – Plan social signé, 112 postes en Alsace https://www.francebleu.fr/grand-est/alsace-cea/obernai/plan-social-au-sein-d-hager-112-postes-supprimes-en-alsace-7831803
France Bleu – Remous métallurgie Lohr & Hager https://www.francebleu.fr/emissions/l-eco-d-ici-ici-alsace/des-remous-dans-la-metallurgie-en-alsace-notamment-chez-le-groupe-lohr-et-hager-group-5902258
Bouger à Bordeaux – Fermeture site de Pessac https://www.bougerabordeaux.com/actu/gironde-le-groupe-hager-annonce-la-fermeture-de-son-site-de-pessac/
Le Journal des Entreprises – Réorganisation Hager https://www.lejournaldesentreprises.com/article/le-projet-de-reorganisation-de-hager-group-en-discussion-2130523
Le Journal des Entreprises- https://www.lejournaldesentreprises.com/article/hager-group-electrise-sa-strategie-rse-2120322
Hager Group – Choose France investissement https://assets.sc.hager.com/fr/-/media/project/hagerdeep/hagercorporate/hager/hagergroup-com/media-and-publications/press-and-news/2024/0514_choose_france/hager_group_choose_france_investpresse_fr.pdf













