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La métallurgie alsacienne traverse une crise profonde en 2025, une « année noire » selon la CGT, marquée par des annonces de suppressions d’emplois, des réorganisations et des incertitudes sur la pérennité de fleurons industriels comme le groupe Lohr et Hager Group. L’impact de ces bouleversements touche non seulement l’économie régionale, mais aussi le patrimoine industriel et des centaines de familles en Alsace.

 

Hager Group : Réorganisation et suppressions d’emplois

 thumbnailsLe groupe Hager, employant 3 000 personnes sur quatre sites en Alsace (Obernai, Bischwiller, Saverne, Vendenheim), a annoncé le 9 octobre 2025 une vaste réorganisation visant à renforcer sa compétitivité. Cette mutation s’inscrit dans une évolution vers de nouvelles technologies et une adaptation aux besoins du marché mondial des équipements électriques pour le bâtiment. Le groupe, pesant 13 000 salariés dans 23 sites de production à travers 10 pays (avec un chiffre d’affaires de 3 milliards d’euros en 2024), prévoit la suppression de 154 postes en France, dont 86 à Obernai et 4 à Bischwiller, ainsi que la modification de 73 contrats. À Pessac (Gironde), le site va quant à lui fermer, impactant 36 salarié.

Les suppressions touchent principalement les fonctions support, administratives et d’encadrement. La direction précise que la production et la logistique ne sont pas concernées par la coupe, tandis qu’une quarantaine de nouveaux postes associés à la transition technologique seront créés à Obernai et Bischwiller. Ce plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) donne lieu à une période de négociation de trois mois entre direction et partenaires sociaux, incluant des mesures de départs volontaires, de préretraite et de reconversion.

​Du côté syndical, ils dénoncent l’incompréhension face à un groupe profitable (cash-flow à 13,1 %, bénéfice de 339 M€ en 2024) qui supprime des emplois pour renforcer sa performance. La création de nouveaux postes, jugée insuffisante pour pallier les suppressions, suscite l’inquiétude sur l’avenir des salariés peu susceptibles de se former aux nouvelles compétences requises.

Lohr Industrie : Incertitude, éventuelle cession et mobilisation sociale

Lohr, ce nom emblématique de l’industrie bas-rhinoise, est confronté à une vague d’incertitude profonde. L’entreprise, spécialiste des systèmes de transport (ferroutage, porte-voitures, défense), a été fragilisée parthumb Lohr Group1 le décès de son fondateur Robert Lohr, puis par la conjoncture difficile, la baisse des commandes dans l’automobile, et un effondrement du marché mondial du transport.

​Des rumeurs de vente ont émergé courant octobre, la presse évoquant des négociations avec le groupe belge Dumarey. La direction de Lohr, via Philippe Gramling, président du conseil de surveillance, a formellement démenti toute « négociation exclusive », tout en admettant qu’une cession à terme ne pouvait être « exclue ». Pour les syndicats, Lohr fait face à des « incertitudes majeures » mais la CGT affirme qu’elle défendra fermement les « valeurs humaines » de l’entreprise et voit encore des « perspectives intéressantes » pour Lohr, notamment via sa filiale Soframe, active dans le secteur de la défense.

Contexte global de la métallurgie en Alsace

L’Alsace, autrefois poumon industriel avec la sidérurgie et la métallurgie, subit depuis 2024 une vague de désindustrialisation. Depuis juin 2024, des entreprises comme Dumarey, Caddie, Novares, BDR de Dietrich ont annoncé plus de 800 suppressions d’emplois.

​Ces annonces s’inscrivent dans un contexte où les acteurs syndicaux réclament une « conditionnalité des aides publiques » et interpellent élus et patronat. La CGT organise à partir du 17 novembre 2025 une semaine d’action et réclame l’adoption d’une loi GMS pour responsabiliser les grands groupes envers leurs sous-traitants. Au-delà de Lohr et Hager, les inquiétudes pèsent également sur Schaeffler, qui a perdu 600 postes en quelques années.

L’impact humain est direct : des centaines de familles voient leur avenir compromis, et la désindustrialisation fragilise le tissu économique régional. Les mesures d’accompagnement, départs volontaires et formations, sont souvent jugées insuffisantes ou inadaptées pour les populations touchées par ces vagues de suppressions. La baisse du pouvoir d’achat, la perte de savoir-faire artisanal et technique, ainsi que la fuite de la jeunesse vers d’autres territoires accentuent l’hémorragie.

 

Perspectives et mobilisations

Face à la crise, des voix s’élèvent pour exiger une relance industrielle, la réindustrialisation du territoire, favoriser le recrutement des jeunes et investir massivement dans la formation continue. Une table ronde de l’ensemble des acteurs est prévue.

​Côté entreprises, Hager maintient ses investissements industriels sur Obernai afin d’accompagner sa mutation, tandis que Lohr et ses filiales cherchent à capter de nouveaux marchés (militaire, export) pour résister à la concurrence.

Les délégués syndicaux et représentants du personnel dénoncent le paradoxe de groupes rentables qui restructurent massivement, la difficulté des salariés à se projeter dans la reconversion, et l’absence de réponse politique structurée pour défendre l’industrie régionale. Les syndicats appellent à une mobilisation transversale, d’autant que la fermeture de sites, les délocalisations et le tarissement des investissements publics menacent durablement le patrimoine industriel alsacien.

Le poids du secteur et l’avenir régional

La métallurgie représente en Alsace un pan stratégique de l’économie, pesant lourd en export, innovation industrielle et emploi qualifié. Les plans sociaux de 2025 fragilisent non seulement des filières entières, mais posent la question du modèle de développement, de la politique industrielle française, et de la capacité du territoire à attirer ou à conserver de grands groupes.

​La métallurgie alsacienne, prise entre réorganisations, suppressions d’emplois et incertitudes, fait face à un défi majeur. L’avenir de Lohr et Hager Group cristallise les débats sur la relocalisation industrielle, la transition technologique, le maintien des savoir-faire, et la solidarité territoriale. Face à la crise, salariés, syndicats et élus cherchent des réponses inédites pour préserver l’emploi, l’identité et l’excellence industrielle de l’Alsace.

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