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NAO 2026 dans la métallurgie : les salaires décrochent face à l'inflation

Résultats du deuxième trimestre — CFDT FGMM

Publié le 22 juin 2026

 

thumb NEGOLe deuxième trimestre 2026 confirme ce que beaucoup de délégués syndicaux pressentaient depuis le début de l'année : dans la branche métallurgie, les augmentations de salaires ne suivent plus. Alors que l'inflation repart à la hausse, portée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et la flambée des prix de l'énergie, les Négociations Annuelles Obligatoires (NAO) enregistrent un net recul de la dynamique salariale. L'enquête de la FGMM-CFDT, qui porte sur 324 accords conclus au cours du deuxième trimestre 2026, brosse un tableau préoccupant pour le pouvoir d'achat des salariés de la métallurgie.

 

Un contexte macroéconomique dégradé qui pèse sur les négociations

Difficile de dissocier les résultats des NAO du contexte économique dans lequel elles se déroulent. La guerre en Iran continue de perturber l'approvisionnement énergétique mondial via les tensions dans le détroit d'Ormuz, renchérissant le coût des matières premières et entretenant une inflation que beaucoup espéraient voir refluer plus rapidement.

En mai 2026, l'indice des prix à la consommation (IPC) progresse de 0,1 % sur un mois, après une hausse de 1 % enregistrée en avril et mars. Sur un an, la progression atteint 2,4 % — après 2,2 % en avril — tirée par les prix du gaz et de l'alimentation.

Ce n'est pas un pic, mais une pression diffuse, persistante, qui grignote chaque mois un peu plus le budget des ménages.

La croissance, elle, est à la peine. Au premier trimestre 2026, le PIB en volume recule de 0,1 % après une légère progression de 0,2 % au trimestre précédent. La consommation des ménages fléchit de 0,2 %, les exportations s'effondrent de 3,5 % sous l'effet de la chute des commandes aéronautiques, et la Banque de France a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour l'année à 0,5 %. Sans parler de récession — définie comme deux trimestres consécutifs de recul — les signaux restent au rouge.

L'Observatoire Français des Conjonctures Économiques (OFCE) est sans ambiguïté : le pouvoir d'achat des Français devrait baisser de 0,7 % en 2026, avec 60 % des ménages déclarant des difficultés financières au quotidien. La combinaison d'une inflation persistante et d'hausses de salaires insuffisantes produit une érosion progressive, lente mais réelle, du niveau de vie.

 

Des dépenses contraintes qui ne laissent plus de marge

Pour mesurer l'impact concret sur les ménages, les chiffres sont éloquents. En janvier 2026, le montant des dépenses incompressibles s'élève en moyenne à 1 186 euros par mois, contre 1 143 euros un an plus tôt. Le logement reste le poste le plus lourd avec 681 euros mensuels en moyenne. Les charges fixes représentent environ 35 % du budget des ménages français — mais elles peuvent dépasser 60 % chez les jeunes de 18 à 24 ans et les catégories les plus modestes.

Le poste transport accentue encore les tensions. Entre 2015 et 2025, l'inflation officielle des voitures neuves mesurée par l'INSEE a été de 22 %, soit un niveau proche de l'inflation générale (21 %). Mais le prix moyen d'une voiture neuve vendue en France est lui passé de 25 108 euros à 36 222 euros sur la même période, soit une hausse de 44 %. Résultat : pour un salarié au SMIC, accéder à une voiture neuve moyenne est devenu significativement plus difficile qu'il y a dix ans.

 

Le SMIC revalorisé deux fois en 2026, mais le rattrapage reste insuffisant

L'année 2026 est marquée par une double revalorisation du salaire minimum. Au 1er janvier, une hausse de 1,18 % a porté le SMIC à 1 823,03 euros brut mensuel. Puis, en application des mécanismes légaux d'indexation sur l'inflation et sur l'évolution des salaires des ouvriers et employés, une revalorisation automatique supplémentaire de 2,41 % est intervenue au 1er juin 2026, portant le SMIC à 1 867,02 euros brut mensuel.

D'un point de vue social, cette progression constitue une mesure de protection utile pour les salariés les plus modestes. Mais elle soulève dans le même temps une problématique structurelle de plus en plus lourde à gérer dans le dialogue social : le tassement des grilles salariales conventionnelles.

 

Le tassement des grilles : une bombe à retardement pour la métallurgie

C'est l'un des points les plus préoccupants mis en lumière par la FGMM dans son bilan de mi-année. Dans la métallurgie, cinq grilles conventionnelles ont vu leurs premiers coefficients rattrapés — voire dépassés — par le niveau du SMIC au 1er juin 2026. En clair : des salariés ayant acquis de l'expérience, une qualification reconnue, et assumant des responsabilités, se retrouvent rémunérés au même niveau que des débutants sans formation spécifique.

Ce tassement produit des effets pervers en cascade. Il fragilise l'attractivité des parcours professionnels — pourquoi accepter une évolution de poste, une mobilité géographique ou une prise de responsabilité quand l'écart salarial avec le minimum légal devient quasi nul ? Il remet également en cause la logique même des classifications conventionnelles, censées valoriser les compétences, l'autonomie et les responsabilités des salariés.

Pour la FGMM, le défi des NAO 2026 ne peut donc plus se réduire à la seule négociation des augmentations générales. Il s'agit de défendre une revalorisation cohérente de l'ensemble des grilles, de reconstruire des parcours de rémunération qui reconnaissent durablement l'expérience, la qualification et la progression professionnelle.

 

NAO Q2 2026 : 324 accords et une tendance baissière qui se confirme

L'enquête de la FGMM porte sur 324 accords enregistrés au deuxième trimestre 2026 dans la branche métallurgie. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.

La moyenne des masses salariales obtenues ressort à **1,86 %** sur l'ensemble des accords analysés, contre **2,40 %** en 2025 — soit un recul significatif en une seule année. Pour mémoire, le pic avait été atteint en 2023 avec 5,08 %, avant un repli progressif : 3,89 % en 2024, 2,40 % en 2025, et désormais 1,86 % en 2026.

Les augmentations générales (AG) pour les non-cadres atteignent en moyenne **1,32 %**, contre 1,67 % au premier trimestre 2025 — soit une baisse d'environ 0,35 point en un an. Chez les cadres, la tendance est identique : les AG passent de 1,58 % à **1,30 %**.

Le montant moyen des mesures talons ou planchers d'augmentation — ces montants minimaux garantis en valeur absolue — accuse une chute de 12 %, tombant de 45,7 euros à **40,18 euros**. Et ces mesures ne sont distribuées que dans une entreprise sur quatre (28 % de l'échantillon).

Les augmentations individuelles (AI) sont légèrement mieux orientées chez les cadres (1,61 %) que chez les non-cadres (1,08 %), reflétant une politique de rémunération de plus en plus ciblée, qui tend à concentrer les hausses sur les profils jugés stratégiques.

 

Perspectives : des enveloppes serrées mais une pression inflationniste qui revient

Pour la seconde partie de l'année 2026, les enveloppes d'évolution de la masse salariale se situent entre **1,7 % et 3 %** selon les secteurs d'activité et les régions. La cartographie disponible dans l'outil NAO de la FGMM permet de visualiser territoire par territoire l'état des négociations.

La période d'accélération de l'inflation devrait logiquement alimenter des demandes de réouverture de négociation dans les entreprises ayant conclu leurs accords en début d'année sur des bases désormais insuffisantes. Les équipes de négociation devront notamment prendre en compte la nécessité de combler les pertes de pouvoir d'achat accumulées entre 2021 et 2023, les prévisions d'inflation actualisées pour 2026, et les performances économiques réelles des entreprises.

Par ailleurs, les évolutions législatives en cours — notamment la potentielle baisse des impôts de production (CVAE) et la réduction des cotisations patronales jusqu'à 3 SMIC — pourraient libérer des marges de manœuvre pour certaines rémunérations, que les délégués syndicaux auront intérêt à anticiper.

Le cœur des NAO 2026 restera la revalorisation salariale, articulée entre équité collective (via les augmentations générales) et valorisation de la performance et des compétences (via les augmentations individuelles).

 

La directive européenne sur la transparence salariale : une transposition en retard

L'autre enjeu majeur de l'année 2026 pour la branche métallurgie est la transposition en droit français de la directive européenne (UE) 2023/970 du 10 mai 2023 sur la transparence des rémunérations. Ce texte imposait à chaque État membre une transposition au plus tard le 7 juin 2026.

En France, une première version de l'avant-projet de loi a été transmise aux partenaires sociaux en mars 2026, suivie d'une seconde version en juin 2026. Le texte n'a toutefois pas encore été adopté définitivement par le Parlement à ce stade, pour des raisons tenant à la fois au calendrier parlementaire chargé et aux incertitudes politiques actuelles.

La FGMM alerte sur le risque réel d'une transposition tardive. Si la France ne respecte pas ses obligations, la Commission européenne pourrait engager une procédure d'infraction, susceptible de déboucher à terme sur un recours devant la Cour de justice de l'Union européenne.

Ce que cette directive changerait concrètement : la fin des salaires négociés « selon le profil », l'obligation pour chaque offre d'emploi de mentionner une fourchette de rémunération précise, l'interdiction de demander aux candidats leur historique salarial, un droit d'information pour les salariés sur les salaires moyens de leur catégorie, et des sanctions pouvant atteindre **2 % de la masse salariale** en cas de non-conformité. Les obligations déclaratives varieront selon la taille de l'entreprise : tous les trois ans pour les entreprises de 50 à 99 salariés, tous les trois ans à partir de 2030 pour celles de 100 à 249 salariés, et chaque année pour les entreprises de 250 salariés et plus.

 

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SOURCES :

CFDT FGMM — Enquête NAO 2026, résultats deuxième trimestre: www.cfdt-fgmm.fr (espace adhérents / Mes outils / Mes instances)
INSEE — Informations rapides, Comptes nationaux trimestriels: https://www.insee.fr/fr/statistiques/8999175#consulter
INSEE — Indice des prix à la consommation, estimation provisoire mai 2026: https://www.insee.fr/fr/themes/conjoncture/historique_ipc.asp
Banque de France — Projections macroéconomiques, décembre 2025 : https://www.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/projections-macroeconomiques-decembre-2025
Banque de France — Enquête mensuelle de conjoncture, début mai 2026 : https://www.banque-france.fr
OFCE — Prévisions conjoncturelles 2026 : https://www.ofce.sciences-po.fr
Directive (UE) 2023/970 du Parlement européen et du Conseil du 10 mai 2023 sur la transparence des rémunérations : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32023L0970
PSOS BVA-CESI — Baromètre politique, La Tribune Dimanche : https://www.ipsos.com/fr-fr
france-inflation.com (données prix voitures neuves, effort des ménages depuis 1953)