La CFDT en première ligne face au naufrage industriel
"Une fracture sociale" : le combat de la CFDT pour 320 salariés abandonnés
Le 8 janvier 2026, Laurent Julien, secrétaire CFDT du CSE et secrétaire général territorial 67 de la CFDT Métallurgie Alsace, a vécu l'un des moments les plus douloureux de son engagement syndical. La direction de Dumarey Powerglide Strasbourg a annoncé la cessation totale des activités d'ici la fin 2026, condamnant 320 salariés à perdre leur emploi. Pour ce militant de terrain qui connaît chaque travailleur de l'usine du Port du Rhin, le choc est immense. "C'est vraiment une fracture sociale", témoigne-t-il avec émotion. "C'est le ciel qui tombe sur la tête des salariés. On ne s'y attendait pas, même si on commençait à avoir des doutes."
Cette fermeture marque l'aboutissement d'un combat syndical acharné mené par la CFDT depuis plus de deux ans pour tenter de sauver ce site historique. Depuis juillet 2024, quand ZF a annoncé son retrait brutal, Laurent Julien et l'intersyndicale CFDT-CGT n'ont cessé d'alerter, de mobiliser et de négocier pour préserver l'emploi. Mais face à l'opacité croissante de la direction et aux choix stratégiques désastreux du management, le syndicat se retrouve aujourd'hui confronté à une réalité douloureuse : 320 nouveaux licenciements s'ajoutent aux 237 suppressions de postes déjà effectuées en février 2025.
La CFDT face à une direction "très opaque"
L'un des aspects les plus révoltants de cette situation pour Laurent Julien, c'est le manque total de transparence de la direction dans les mois précédant l'annonce. "Il n'y avait pas de son, pas d'image de la part de la direction", explique-t-il avec frustration. "Elle était très opaque ces derniers temps." Cette absence de communication claire a empêché le syndicat d'anticiper et de préparer les salariés à la brutalité de l'annonce.
La CFDT avait pourtant identifié certains signaux inquiétants. L'entreprise évoquait un projet de diversification vers le secteur de l'armement et s'était d'ailleurs rapprochée du groupe alsacien Lohr en 2025. "On savait qu'elle voulait rebondir sur l'armement", confirme Laurent Julien. Mais ces négociations n'ont jamais abouti, plombées par un endettement colossal qui rendait l'entreprise "tellement endettée qu'elle ne pouvait plus être crédible pour quoi que ce soit", comme le soulignait également Malek Kirouane, délégué CGT.
Cette stratégie d'enfumage a créé un sentiment de manipulation parmi les représentants du personnel. Malek Kirouane résume l'amertume générale : "La direction nous avait emmenés sur d'autres pistes, en proposant des réductions temporaires d'activité. Avec le recul, on se rend compte que c'était du flan, que c'était juste pour nous manipuler." Une méthode déloyale qui a empêché le syndicat de préparer sereinement les salariés à l'inévitable.
Un combat syndical de longue haleine
L'engagement de la CFDT dans ce dossier ne date pas d'hier. Dès juillet 2024, lorsque ZF a annoncé vouloir se détacher de Dumarey, Laurent Julien et ses équipes ont réagi avec force et détermination. Le 2 juillet 2024, les salariés ont cessé le travail dans les trois équipes de production, mobilisation menée par l'intersyndicale CFDT-CGT. Cette grève intervenait après une réunion extraordinaire du CSE où la direction avait annoncé qu'une procédure de conciliation avait été autorisée par le tribunal de commerce.
La stratégie syndicale était claire et audacieuse. Comme l'expliquait alors la CFDT dans un communiqué, l'usine de Strasbourg était "l'unique source à pouvoir fabriquer et livrer des kits montés sur des transmissions 8HP Génération 4 appartenant à ZF". Les salariés, avec l'aide de la CFDT, ont directement bloqué tous les flux logistiques et la fabrication de ces composants. "Dorénavant, les salariés de Strasbourg tiennent en otage ces pièces comme ZF tient en otage l'usine de Strasbourg et ses emplois", déclarait le syndicat. Un rapport de force assumé pour faire plier l'équipementier allemand.
En novembre 2024, après onze jours de grève dure, l'intersyndicale CFDT-CGT avait arraché quelques avancées financières : une indemnité supralégale comprise entre 20 650 et 50 650 euros selon l'ancienneté et un fonds social initialement annoncé à 75 millions d'euros (finalement ramené à 60 millions). Mais malgré ces conquêtes, ni la CFDT ni la CGT n'ont accepté de ratifier l'accord final, regrettant notamment le refus obstiné de la direction d'ouvrir les départs volontaires dans les catégories d'emplois entièrement supprimées.
Laurent Julien avait également dénoncé l'insuffisance des délais de congé de reclassement : "Nous contestons la définition des catégories professionnelles prévue dans le document unilatéral transmis à la Dreets", expliquait-il en décembre 2024. Parmi les points de tension, l'intersyndicale regrettait "le refus de la direction d'ouvrir les départs volontaires dans les catégories d'emploi entièrement supprimées" et celui de "ne pas exclure du projet 29 congés seniors".
Les alertes précoces ignorées par le management
L'un des aspects les plus tragiques de cette histoire, c'est que le désastre aurait pu être évité. Laurent Julien et la CFDT tiraient la sonnette d'alarme depuis des années sur la nécessité vitale de diversifier la clientèle. "On faisait 84% de notre chiffre d'affaires avec l'équipementier allemand ZF, ce qui nous mettait dans une position d'ultra-dépendance", rappelle le secrétaire du CSE. Cette concentration excessive sur un seul client créait une vulnérabilité extrême que le syndicat dénonçait dès 2018-2019.
À cette époque, Dumarey Powerglide était florissante, les carnets de commandes étaient pleins et "beaucoup d'argent rentrait". C'était le moment idéal pour investir dans la diversification et la conquête de nouveaux marchés. Mais la direction n'a pas écouté les représentants du personnel. "Quand on a commencé à se diversifier il y a deux ans, c'était trop tard", regrette aujourd'hui Malek Kirouane.
Pour Laurent Julien, la responsabilité du management est écrasante : "Les salariés ne sont pas coupables, pas responsables de cette situation. La direction n'a pas su gérer le virage électrique du secteur automobile, ni trouver des volumes qui remplaceraient ZF. Et maintenant, on paye le prix." Une analyse partagée par Olivier Delacourt, secrétaire général du Syndicat CFDT Métallurgie Alsace, qui avait anticipé dès 2024 une "deuxième vague" de licenciements et même la fermeture complète du site.
Olivier Delacourt avait également pointé du doigt la stratégie immobilière douteuse de Guido Dumarey lors du rachat : "La valeur du terrain de Dumarey Powerglide, installé sur les bords du Rhin, est estimée à 600 ou 700 millions d'euros, ce qui n'a pas échappé à Dumarey à l'époque du rachat de General Motors en 2014. Connu comme un acheteur compulsif d'entreprises en mauvaise santé, il a racheté les emplois sans penser que l'activité tournerait."
Une catastrophe humaine qui déchire des vies
Derrière les chiffres et les stratégies syndicales, ce sont avant tout des femmes et des hommes qui voient leur vie basculer. Laurent Julien connaît personnellement chacun de ces 320 salariés qui vont perdre leur emploi. "Dans le bassin de l'emploi de Strasbourg, c'est un site![]()
historique qui a engrangé des milliards d'euros de chiffre d'affaires et où de nombreux salariés ont fait toute leur carrière", souligne-t-il avec émotion.
Le portrait dressé par la CFDT de ces travailleurs est poignant. "Nous sommes très inquiets pour les salariés, notamment les licenciés contraints car ce sont des salariés avec des petites classifications, moins formés et percevant des salaries plus bas", expliquait Laurent Julien dès le premier plan social. "La plupart ont entre 35 et 40 ans de boîte, ils n'ont connu que cette entreprise. C'est un déchirement pour eux."
Cette réalité humaine devient encore plus criante quand on examine le profil des salariés concernés. Comme le souligne Malek Kirouane : "Beaucoup de gens ont entre 50 et 60 ans, sont esquintés et ont peu de diplômes. C'est très difficile pour eux de retrouver du travail." Des carrières entières passées à assembler des boîtes de vitesses, des corps usés par des décennies de travail à la chaîne, et maintenant l'angoisse de devoir se reconstruire professionnellement à un âge où le marché du travail est impitoyable.
Les chiffres du premier plan social sont d'ailleurs éloquents et confirment les craintes de la CFDT : sur les quelque 150 salariés licenciés qui avaient refusé le plan de départ volontaire l'an dernier, seuls 19 ont à ce jour décroché un CDI. Un taux de reclassement catastrophique de moins de 13% qui augure mal de l'avenir des 320 nouveaux licenciés.
Un calendrier de licenciements échelonné sur toute l'année 2026
Le président d'entreprise Arnaud Baïlo a dévoilé un plan de fermeture organisé en trois vagues successives. Une stratégie qui étire la souffrance sur douze mois mais qui permet aussi de maintenir une activité résiduelle le plus longtemps possible.
La première vague touchera 75 assembleurs en juin 2026. Ces ouvriers spécialisés, qui constituaient le cœur de la production de boîtes de vitesses automatiques, seront les premiers sacrifiés. En août 2026, ce sont 203 salariés de la production qui recevront leur notification de licenciement, privant le site de ses forces vives. Enfin, en décembre 2026, les 42 derniers employés, affectés à la logistique, à la fermeture des installations énergétiques et à la dépollution, tireront le rideau définitif sur cette épopée industrielle de 59 ans.
Laurent Julien ne se fait aucune illusion sur la dureté des négociations à venir. Les discussions qui débuteront le 13 janvier 2026 s'annoncent particulièrement tendues. Malek Kirouane anticipe déjà "des négociations qui vont mal se passer", redoutant que les conditions de départ ne soient pas à la hauteur de l'enjeu humain que représente cette fermeture massive.
La CFDT va devoir batailler ferme pour obtenir des garanties supplémentaires au-delà du fonds social de 60 millions d'euros promis par la direction. Laurent Julien et ses équipes connaissent les limites de ce dispositif, aussi important soit-il. Ils savent que l'argent seul ne résoudra pas le problème de fond : comment redonner une perspective professionnelle à des salariés seniors peu diplômés dans un marché du travail déjà saturé ?
L'analyse sans concession de la CFDT : des erreurs stratégiques fatales
L'expertise accumulée par la CFDT au fil des années lui permet aujourd'hui de dresser un diagnostic implacable des erreurs qui ont mené Dumarey Powerglide dans le mur. Laurent Julien ne mâche pas ses mots quand il évoque la responsabilité du management : la direction "n'a pas su gérer le virage électrique du secteur automobile, ni trouver des volumes qui remplaceraient ZF".
La transition vers l'électromobilité représentait une opportunité de repositionnement stratégique que l'entreprise a ratée. Certes, selon Arnaud Baïlo, 80 millions d'euros ont été investis il y a quatre ans pour "diversifier la clientèle et prendre le virage de l'électrique". Mais ces investissements sont intervenus beaucoup trop tard et n'ont jamais atteint la masse critique nécessaire. Aujourd'hui, les volumes "ne sont pas au rendez-vous parce que les commandes initialement prévues par nos clients sont plus de 40% en dessous des capacités mises en place", admet le PDG.
L'analyse d'Olivier Delacourt, secrétaire général du Syndicat CFDT Métallurgie Alsace, replace cette faillite dans un contexte plus large de crise de l'industrie automobile européenne. "Ça va mal aujourd'hui, et ça n'ira a priori pas mieux en 2025 ou en 2026, au contraire", prévenait-il dès fin 2024. Le responsable syndical régional pointe du doigt les "réflexes protectionnistes" des grands groupes multinationaux : "Quand les temps sont difficiles, il y a souvent des réflexes protectionnistes chez les grands groupes. Et donc beaucoup de licenciements dans les filiales à l'étranger, par exemple en France pour les filiales de groupes allemands. C'est particulièrement le cas en ce moment."
Cette analyse rejoint celle développée par la CFDT au niveau national, qui qualifiait dès juillet 2024 la méthode de ZF de "politique de la terre brûlée ne laissant aucune marge de manœuvre au site de Strasbourg pour se retourner socialement et financièrement. " L'endettement massif de ZF a poussé le groupe allemand à faire travailler ses usines outre-Rhin au détriment de l'usine française. Une co-décision entre partenaires sociaux allemands et direction de ZF "sans appel", dénonçait alors le syndicat.
La mobilisation collective
Face à l'ampleur de la catastrophe, la CFDT Métallurgie Alsace a déployé tous ses moyens pour accompagner les salariés. Laurent Julien a reçu le soutien total de sa hiérarchie syndicale, à
commencer par Olivier Delacourt qui suit ce dossier de très près depuis le début de la crise en 2024.
Dans une correspondance interne révélée publiquement, Laurent Julien avait exprimé sa reconnaissance à la CFDT pour son soutien infaillible, saluant "la solidarité manifestée par les militants et les responsables politiques". Cette mobilisation collective de l'ensemble de la CFDT Métallurgie a permis aux délégués d'entreprise de ne pas se sentir isolés face à une direction devenue de plus en plus hermétique.
Le syndicat a également travaillé sur des propositions constructives alternatives à la fermeture, nécessitant le soutien de la direction de l'entreprise. Mais tous ces efforts se sont heurtés au mur de l'endettement et à l'absence de vision stratégique du management. "Ils disent qu'ils n'ont plus d'argent, qu'il y a une crise automobile, que les Chinois ont pris tous les marchés... tous les arguments sont bons", résume avec amertume Malek Kirouane. "Mais le problème, c'est que stratégiquement, ils ont merdé, même quand la santé financière de l'entreprise était bonne."
La CFDT s'inscrit également dans une mobilisation régionale plus large. En novembre 2024, elle participait aux côtés de la CGT Grand Est à l'appel pour une "mobilisation générale pour les emplois industriels", estimant que "plusieurs milliers d'emplois sont directement menacés dans la filière automobile" dans la région Grand Est.
Une lutte pour la dignité des travailleurs
Au-delà des aspects techniques et financiers du dossier, la CFDT mène avant tout un combat pour la dignité des salariés de Dumarey Powerglide. Laurent Julien insiste constamment sur cette dimension : "Les salariés ne sont pas coupables, pas responsables de cette situation." Une phrase qui revient comme un mantra dans ses interventions médiatiques, pour rappeler que derrière chaque suppression d'emploi, il y a une vie brisée, une famille fragilisée.
Cette préoccupation pour l'humain se traduit concrètement dans les revendications de la CFDT. Lors des négociations du PSE de 2024-2025, le syndicat s'est battu pour obtenir des indemnités supralégales décentes (entre 20 650 et 50 650 euros selon l'ancienneté), un fonds social conséquent (finalement 60 millions d'euros), et surtout des mesures d'accompagnement personnalisées pour chaque salarié.
Mais Laurent Julien sait que l'argent ne fait pas tout. Les congés de reclassement de dix mois lui semblent largement insuffisants pour des salariés seniors peu diplômés. "Beaucoup de gens ont entre 50 et 60 ans, sont esquintés et ont peu de diplômes", martèle Malek Kirouane. Pour ces travailleurs, la CFDT réclame des dispositifs de formation ambitieux, un accompagnement psychologique renforcé, et une mobilisation des pouvoirs publics pour créer des emplois de remplacement dans le bassin strasbourgeois.
Faire face aux défis de la reconversion
L'un des grands enjeux pour la CFDT dans les mois à venir sera d'accompagner concrètement les 320 salariés licenciés vers de nouveaux horizons professionnels. Les résultats catastrophiques du
premier plan social (seuls 13% des licenciés ont retrouvé un CDI) montrent l'ampleur du défi.
Laurent Julien et ses équipes vont devoir redoubler d'efforts pour éviter que cette deuxième vague de licenciements ne se solde par un naufrage social encore plus important. Le syndicat travaille déjà sur plusieurs pistes : partenariats avec Pôle Emploi pour un accompagnement renforcé, mobilisation des dispositifs de reconversion professionnelle, pression sur les pouvoirs publics pour qu'ils interviennent massivement.
La CFDT Métallurgie Alsace dispose d'une expérience précieuse en matière d'accompagnement des restructurations. Olivier Delacourt et ses équipes ont déjà géré plusieurs dossiers complexes dans la région, notamment chez Schaeffler ou Stellantis. Cette expertise sera mise au service des salariés de Dumarey pour maximiser leurs chances de rebond professionnel.
Le syndicat insiste également sur la nécessité d'une mobilisation collective au-delà de l'entreprise. Dans un contexte où "plusieurs milliers d'emplois sont directement menacés dans la filière automobile" en Alsace, selon la CGT Grand Est, la CFDT appelle à une réponse coordonnée des acteurs publics, des collectivités locales et de l'État pour éviter un effondrement industriel de toute la région.
Un combat syndical exemplaire malgré la défaite
Si la fermeture de Dumarey Powerglide représente une défaite douloureuse pour la CFDT, elle ne doit pas faire oublier l'extraordinaire engagement des militants syndicaux tout au long de cette bataille. Laurent Julien et ses camarades ont mené un combat acharné pendant deux ans et demi pour tenter de sauver l'usine.
Dès juillet 2024, lorsque ZF a annoncé son retrait, la CFDT a réagi avec détermination en organisant une grève massive et en bloquant la production des pièces stratégiques. Cette stratégie de rapport de force assumé visait à forcer l'équipementier allemand à reconsidérer sa décision. Si elle n'a pas permis de sauver l'usine, elle a au moins arraché des conditions de départ moins indécentes que ce que la direction proposait initialement.
En novembre 2024, les onze jours de grève menés par l'intersyndicale CFDT-CGT ont permis d'obtenir des avancées financières significatives. Certes, le syndicat a refusé de signer l'accord final, estimant qu'il pouvait encore améliorer certains points. Mais cette intransigeance témoigne de l'exigence de la CFDT en matière de défense des intérêts des salariés.
Tout au long de ces deux années, Laurent Julien a multiplié les interventions médiatiques pour alerter l'opinion publique sur la gravité de la situation. Ses passages sur BFM TV en août 2024, ses interviews dans la presse régionale, ses communiqués de presse ont permis de maintenir la pression sur la direction et les pouvoirs publics.
L'héritage d'un site historique
L'usine de Strasbourg représente bien plus qu'un simple site industriel. C'est un pan entier de l'histoire ouvrière alsacienne que la CFDT s'est battue pour préserver. Construite en 1967 par General Motors, l'usine a compté jusqu'à 2500 salariés à son apogée. Pendant des décennies, elle a fait vivre des milliers de familles et contribué au rayonnement industriel de la région.
Laurent Julien, en tant que secrétaire général territorial 67 de la CFDT Métallurgie Alsace, incarne cette mémoire ouvrière. Lui-même travailleur chez Punch Powerglide (l'ancien nom de l'entreprise), il fait partie de ces militants syndicaux profondément enracinés dans leur entreprise et leur territoire. Son combat pour Dumarey n'est pas seulement professionnel, il est aussi personnel et affectif.
Cette dimension patrimoniale du combat syndical est essentielle pour comprendre l'engagement total de la CFDT dans ce dossier. Il ne s'agit pas seulement de défendre des emplois, mais de préserver un savoir-faire, une identité collective, une fierté ouvrière. La fermeture de Dumarey représente la disparition d'un morceau du patrimoine industriel alsacien, et la CFDT en a pleinement conscience.
Vers une mobilisation régionale
Face à la multiplication des plans sociaux dans l'industrie automobile alsacienne, Olivier Delacourt appelle à une mobilisation régionale d'ampleur. "Ça va mal aujourd'hui, et ça n'ira a priori pas mieux en 2025 ou en 2026, au contraire", alertait-il dès fin 2024. Le secrétaire général de la CFDT Métallurgie Alsace constate que le secteur s'enfonce dans une crise structurelle profonde dont Dumarey n'est qu'une illustration parmi d'autres.
Chez Schaeffler à Haguenau, chez Tenneco à Schirmeck, chez Stellantis à Mulhouse, partout les signaux sont au rouge. La CFDT travaille sur tous ces dossiers simultanément, tentant de coordonner les luttes et de mutualiser les ressources. L'objectif est de créer un rapport de force régional suffisant pour contraindre les pouvoirs publics à intervenir massivement en faveur de la filière automobile alsacienne.
Cette stratégie de mobilisation collective dépasse les clivages syndicaux traditionnels. Sur le dossier Dumarey, la CFDT a travaillé main dans la main avec la CGT au sein d'une intersyndicale soudée. Cette unité d'action, rare et précieuse, témoigne de la gravité de la situation et de la nécessité de présenter un front commun face au patronat et aux pouvoirs publics.
Les propositions de la CFDT pour sauver l'industrie automobile alsacienne
Au-delà du cas spécifique de Dumarey, la CFDT Métallurgie Alsace porte des propositions globales pour sauver ce qui peut encore l'être dans l'industrie automobile régionale. Le syndicat réclame notamment :
- Des subventions publiques massives pour maintenir l'activité et les emplois dans les entreprises en difficulté. L'argent public doit être mobilisé pour éviter l'hémorragie d'emplois industriels qui frappe la région.
- Des plans de reconversion et de formation professionnelle ambitieux pour les travailleurs dont les postes sont menacés. Il faut anticiper les mutations du secteur et donner aux salariés les compétences nécessaires pour rebondir.
- Des plans de redressement visant à moderniser les usines et à adapter leur production aux nouvelles réalités de l'industrie automobile. La transition vers l'électrique doit être accompagnée financièrement et technologiquement.
- Une politique industrielle volontariste au niveau régional et national pour relocaliser des activités et créer de nouveaux emplois industriels. On ne peut pas se contenter d'accompagner socialement les fermetures, il faut créer les conditions d'un rebond industriel.
- Un encadrement strict des pratiques des grands groupes multinationaux pour éviter les délocalisations sauvages et les fermetures abusives. Les filiales françaises ne doivent pas servir de variable d'ajustement lors des crises.
Le témoignage poignant de Laurent Julien
Dans ses nombreuses interventions médiatiques, Laurent Julien a su trouver les mots justes pour exprimer la![]()
souffrance des salariés de Dumarey. "Tout le monde est choqué. Il faut du temps pour l'assimiler", confiait-il au lendemain de l'annonce. Cette capacité à mettre des mots sur l'émotion collective est l'une des forces de ce syndicaliste de terrain.
Son témoignage sur la manipulation exercée par la direction est également éclairant : "On ne pensait pas que ça interviendrait aussi rapidement. La direction nous avait emmenés sur d'autres pistes, en proposant des réductions temporaires d'activité. Avec le recul, on se rend compte que c'était du flan, que c'était juste pour nous manipuler." Cette dénonciation publique d'une stratégie patronale déloyale participe de la fonction d'alerte et de contre-pouvoir que doit assumer tout syndicat digne de ce nom.
Laurent Julien incarne parfaitement la figure du délégué syndical CFDT : proche des salariés, combatif mais constructif, expert de son dossier, capable de négocier pied à pied avec la direction tout en maintenant un rapport de force. Son engagement au sein de la CFDT Métallurgie Alsace, où il occupe la fonction de secrétaire général territorial 67, lui donne une vision d'ensemble des enjeux industriels de la région qui enrichit son action locale.
la CFDT poursuivra le combat au-delà de la fermeture
La fermeture de Dumarey Powerglide ne signifie pas la fin de l'engagement de la CFDT. Au contraire, Laurent Julien et ses équipes vont redoubler d'efforts dans les mois à venir pour accompagner les 320 salariés licenciés vers de nouveaux horizons professionnels. Les négociations qui s'ouvrent le 13 janvier 2026 seront déterminantes pour obtenir les meilleures conditions de départ possibles.
Le syndicat continuera également à se battre pour qu'un repreneur soit trouvé dans le cadre de la loi Florange. Même si les espoirs sont minces dans le contexte actuel de crise de l'industrie automobile européenne, la CFDT ne renoncera pas tant qu'une solution de reprise n'aura pas été définitivement écartée.
Au-delà du cas Dumarey, la CFDT Métallurgie Alsace poursuivra son combat pour défendre l'emploi industriel dans la région. Olivier Delacourt et ses équipes sont mobilisés sur tous les fronts : Schaeffler, Tenneco, Stellantis, Lohr, Hager Group... La liste des entreprises en difficulté est longue, et le syndicat devra faire preuve d'une détermination sans faille pour éviter que l'Alsace ne se désindustrialise complètement.
Cette tragédie sociale et industrielle rappelle l'importance cruciale du syndicalisme dans notre société. Sans l'action tenace de la CFDT et de Laurent Julien, les salariés de Dumarey auraient été encore plus démunis face aux décisions brutales d'un management défaillant. Le combat continue, pour les 320 travailleurs de Dumarey et pour tous ceux qui voient leur emploi menacé par la crise de l'industrie automobile européenne.
L'année 2026 marquera la fin d'une épopée industrielle de 59 ans qui aura vu passer trois propriétaires différents et fait vivre des milliers de familles. Mais elle marquera aussi la poursuite d'un combat syndical exemplaire, mené par des femmes et des hommes qui refusent la fatalité et continuent à croire qu'un autre modèle industriel est possible.
Sources:
- https://www.syndicalismehebdo.fr/article/a-strasbourg-dumarey-powerglide-se-separe-de-40-de-ses-effectifs
- https://cfdt-fgmm.fr/dumarey-powerglide-strasbourg-la-cfdt-et-les-salaries-sous-la-menace-dune-restructuration-demandent-des-comptes-a-zf-et-a-dumarey/
- https://www.autoactu.com/actualites/confronte-a-l-arret-des-commandes-de-zf-dumarey-powerglide-prepare-un-plan-social
- https://www.lqj.ch/articles/dumarey-va-fermer-son-usine-de-strasbourg-320-emplois-supprimes-126767
- https://www.aefinfo.fr/depeche/724088-pse-chez-dumarey-powerglide-strasbourg-en-l-absence-d-accord-un-document-unilateral-est-transmis-a-la-dreets
- https://www.rue89strasbourg.com/plans-sociaux-a-la-pelle-et-baisse-de-lactivite-lindustrie-automobile-alsacienne-entre-en-crise-320846
- https://cfdt-fgmm.fr/dumarey-strasbourg-la-cfdt-denonce-la-crise-provoquee-par-zf
- https://www.usinenouvelle.com/quotidien-des-usines/lache-par-lallemand-zf-et-sans-nouveaux-debouches-le-fabricant-de-boites-de-vitesses-automatiques-dumarey-powerglide-va-fermer-son-usine-de-strasbourg.DOV4XCDGTNDM3ILPB4ERZKZ7LE.html
- https://www.francebleu.fr/emissions/l-eco-d-ici-ici-alsace/la-fin-de-dumarey-powerglide-a-strasbourg-un-nouveau-coup-dur-pour-l-industrie-automobile-en-alsace-8633933
- https://www.strasbourg.eu/-/reaction-de-la-ville-et-de-l-eurometropole-a-la-fermeture-annoncee-de-dumarey-powerglide-strasbourg













